Statistiques UNAIDS - Juillet 2000
• Solidarité et soutien aux orphelins concernés par le sida
Le nombre important d'enfants devenus orphelins suite au décès lié au sida de leurs deux parents est estimé à environ 10 millions d'enfants dans le monde.
Le continent le plus touché est l'Afrique et plus particulièrement l'Afrique de l'Est.
Mais le problème est loin d'être anodin sur les continents tels que l'Amérique Latine, les Caraïbes, l'Inde, l'Europe de l'Est et l'Asie du Sud-Est. Si la situation de ces orphelins n'est pas différente de celle de la plupart des enfants des rues, leur nombre particulièrement élevé est en constante augmentation, appelle une réponse forte à un grave problème de société.
La situation de ces enfants est dramatique.
Nous ne pourrons pas dire, dans 20 ans, que nous ne savions pas. Nous ne pouvons pas rester indifférents au sort d'enfants et de jeunes livrés à la rue sans la protection d'au moins un adulte.
De très bons éléments sur la réalité des des orphelins du sida sont donnés dans le livre d'Hubert Prolongeau Sida, une mort africaine (Ed. du Seuil) et dans le film de Serge Moati Les orphelins du sida.
Des réponses doivent être élaborées. Quinze ans de lutte contre le sida nous ont appris qu'il fallait oser, qu'il fallait innover, qu'il fallait utiliser la violence de l'épidémie comme bras de levier pour faire avancer le respect que la société doit à tout à chacun, enfant ou adulte, jeune ou âgé...
Le respect et la protection que nous serons en mesure d'apporter à ces enfants et à ces jeunes sera une moyen d'œuvrer pour que le monde de demain soit plus respectueux de chaque individu et de lui-même. La mondialisation d'une part et l'écart de plus en plus important entre le Nord et le Sud d'autre part, nous oblige à une mobilisation rapide, efficace et d'envergure.
• Témoignage d'une aïeule
Alice vient d'avoir soixante-dix ans :
« J'avais toujours imaginé que je finirais entourée de mes petits-enfants. Mais pas comme ça.»
Elle rit, comme si la vie qui court maintenant autour d'elle avait triomphé de la mort. Ses petits-enfants sont là. Tous là. 25 gamins de 4 à 18 ans... Les parents sont absents tués par le sida. Il a tout pris à Alice. Ses 4 enfants, leurs 4 conjoints et son mari sont partis en moins de 5 ans.
Elle-même ne sait pas si elle est atteinte ou non : elle n'a jamais voulu faire le test : « Je tiendrai le temps que je tiendrai. Si je savais que j'étais malade moi aussi, je ne sais pas si je pourrais m'occuper de la même manière de tout ce petit monde ».
Alice prépare le repas en plusieurs fois :
« Je dois faire plusieurs tournées, je n'ai pas assez de matériel. De midi à trois heures, ils viennent tous manger à tour de rôle ».
Alice a une petite plantation de bananes qu'elle essaie d'entretenir comme elle le faisait du temps de son mari..., en plus, elle a acheté des semences et tente de faire pousser d'autres légumes : maïs, sorgho, haricots, pommes de terre...
A 6 heures elle est dans les champs pour s'occuper de la récolte ; l'après-midi, elle va chez une voisine pour l'aider à brasser de la bière de mil... Mais s'est encre loin d'être suffisant. D'autant qu'elle vient de recevoir la facture de l'école. Elle doit payer 450 000 shillings d'ici la fin de l'année. Elle ne les a pas. Si elle ne les trouve pas, plus personne ne retournera en classe.
Le grand soucis d'Alice, c'est de tenir au moins encore un an ou deux, jusqu'à ce que Mary et Tony terminent leur formation et trouvent à s'employer, elle comme couturière et lui comme maçon. Alors ils pourront sans doute un peu la remplacer : « C'est tout ce que je demande. J'ai pu vivre suffisamment pour voir tout ce malheur. Qu'au moins je ne parte pas avant que les deux plus grands ne gagnent leur vie ».
Témoignage tiré du livre d'Hubert Prolongeau Sida : une mort africaine (Ed. du Seuil).
Alice a besoin de vous pour être sûre de pouvoir continuer à envoyer les enfants à l'école, il en va de leur avenir, qu'elle veut assurer. Alice a besoin aussi d'être soutenue parce que, à l'âge où elle devrait pouvoir se reposer, elle doit non seulement travailler pour aider ses petits-enfants à “survivre”, mais elle a aussi le soucis de les éduquer.